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Moumouni Salifou : un caractère de guerrier

Moumouni accueillera l'association pendant deux semaines, du 1er au 14 novembre, à Cotonou. Encadrant sportif à l'Académie force créa, il est un exemple de volonté pour tous ces petits qui ont la chance de le côtoyer sur un terrain de football.



Pourquoi la course fait partie de ton quotidien ?


En réalité, je ne cours pas beaucoup. Quand j'étais footballeur professionnel j’aimais beaucoup travailler et courir vite. Les sprints sont ma spécialité et, avant, je ne pouvais pas courir plusieurs dizaines de minutes. Cependant, je suis quelqu’un qui ne lâche jamais prise. Selon moi, tout se joue dans la tête : si telle ou telle personne peut le faire, alors je peux le faire. Ce mantras a toujours été ma motivation et ma force quand je jouais professionnellement. Dans le peloton, quand je vois quelqu’un devant, je me demande pourquoi ce n’est pas moi le premier. Depuis quelques années, je me suis discipliné et j’essaie d’aller courir régulièrement. Chaque jour que dieu fait, j’essaie de m’améliorer et donner le meilleur de moi même.


Quelle a été ta carrière de footballeur ?


C’est un petit pas professionnel plutôt qu’une véritable carrière de footballeur. À l'époque, le football était un nouveau jeu au Bénin. Ce n’a pas vraiment duré, après quelques années, la pratique s’est essoufflée. Cela nous a quand même permis de signer des contrats fixes et d'attendre un petit plus financier à la fin du mois. J’ai adoré avoir mon maillot personnalisé, cela me faisait rêver. Malgré toutes les difficultés qu’il y a au Bénin, j’ai participé à la première coupe du Bénin en 1ere division. J'étais très motivé, je ne voulais pas abandonner. C'était une très belle expérience et j’y ai laissé mes empreintes. C'était intéressant mais pas tellement d’un point de vue professionnel.


Qu’est-ce que ça t’a appris ? Des regrets ? Ta plus grosse déception ?


Le football m’a appris beaucoup de choses. J’y ai consacré toute ma jeunesse et cela aboutit à une sorte de “regret” même si je n’aime pas ce terme. Avec du recul je parlerais plutôt de déception car tout n’est qu’apprentissage. Concernant ma plus grosse déception, c'était en 2007 en coupe du Bénin avec mon club. Les quarts de finale et la demi-finale sont tombés pendant le ramadan.

En réalité, je ne pouvais pas complètement jouer ou ne pas jouer longtemps mais faute d’effectif, le coach nous a tous fait jouer quatre-vingt-dix minutes. On a essayé de tenir et on a subi ensemble. Puis, j’ai marqué deux buts, nous permettant d’aller en demi-finale. En demi-finale, un ami s’est pris un carton rouge après cinq minutes. J’ai dû changer de poste pour le remplacer. Quatre-vingt-dix minutes plus tard, match nul 0-0 et il a fallu jouer les prolongations : trente minutes supplémentaires. J’ai quand même réussi à marquer, ce qui nous a qualifié en finale.


Finalement, la grosse déception arrive. Nous nous étions battus, on avait souffert ensemble et le coach avait trouvé des personnes que l’on ne connaissait pas pour jouer avec nous, pour combler le manque de joueurs. Au moment de la préparation, je n’ai même pas reçu mon maillot alors que j’étais un des meilleurs buteurs de la compétition. Je ne l’ai jamais reçu. Je ne me suis jamais senti aussi mal que ce soir-là. J'étais assis, sans informations, je n’ai pas joué cette finale, sans savoir pourquoi.

Après coup, on m’a expliqué que les organisateurs n’avaient pas retrouvé ma licence, c’est pour ça que je n’ai pas joué. C’est ma plus grosse déception.

Ton plus beau souvenir ?


Je préfère en effet parler des beaux souvenirs. J’en ai deux qui me viennent :

À Calo dans le nord du Nigeria, après un très gros match. On m’a pris en l’air et on m’a transporté du point du corner jusqu'à l'autre bout de terrain. C'était une belle célébration immortalisée par un photographe. Sur la photo, j’avais les deux doigts qui forment le V de victoire. J’ai toujours cette image avec moi.


Le deuxième est peut être plus anodin mais très émotionnel. Mes parents n'étaient pas favorables pour que je fasse du foot. J’avais des projets de fous mais mes parents refusaient. Mon père n'était pas trop football mais après le bac, je suis devenu un incontournable pour les matchs et compétitions de la commune. Une fois, on m'a fait descendre de l’université pour jouer une compétition au village. Le lendemain matin, il y avait du monde qui défilait dans ma chambre. J’ai vu dans les yeux de mon papa qu’il était avec moi, tout le monde voulait me voir dans l’équipe. J'étais un simple étudiant mais j’y compris mon importance pour l’équipe.


Combien d’enfants font partie de l’école de foot ? Quel est ton job pour eux ?


L'école compte une vingtaine de jeunes joueurs divisés en 2 catégories : U9 et U11, certains sont plus âgés (U13) mais on les a sous-classés en U11 pour le moment. Mon boulot à l’Académie Force Créa est que l’encadrement soit sportif et administratif car je suis aussi le secrétaire général du club. J’interviens pour superviser le travail du jeune encadrant qui suit l'académie. J’apporte mon expérience et mes connaissances pour le coaching.


Qu’est-ce que cela leur apporte ?


C’est un endroit où l'on peut apprendre. Ils se familiarisent avec ce sport. Tout ça leur donne envie de progresser et pour certains l’envie de devenir footballeur professionnel. Ils savent qu’ils font partie d’une académie qui les soutient.


Pourquoi t'impliques-tu autant ?


Je m’implique car mon mentor en équipe pro disait que le métier de coaching était ingrat. En réalité, je trouve que quand ces enfants deviendront quelque chose dans le sport, je pourrais me dire que j’y ai contribué. C’est une fierté personnelle. C’est la seule raison pour laquelle je m’implique autant car on n’y gagne rien. Quand au bout de la deuxième, troisième semaine, tu vois qu’ils apprennent et que ça rentre, tu es fier.


Que représente le football pour ces enfants ?


C’est une manière pour eux de s'évader. Sortir des galères familiales et de l'école, se faire plaisir. Qui sait, peut-être que l’un d’entre eux deviendra le Ronaldo ou le Messi de demain [rires]. Nous avons un jeune très prometteur de 7 ans et demi, le meilleur actuellement. Le football est plus qu’un jeu pour eux, c’est un véritable espoir de vie meilleure.


Que va apporter Football Globe Trotters ?


Beaucoup. Depuis notre rencontre, les échanges sont chaleureux. Léo est déjà là et apporte beaucoup dans le domaine professionnel. Avec son expertise et son expérience, ils nous apprennent ce que l’on peut faire en matière de communication et de sponsor pour développer notre académie. En plus ils nous apportent du matériel. Prochainement on va réaliser notre terrain, les but et on va avoir les maillots de foot.


Quel changement cela va-t-il provoquer ?


D'énormes changements. Déjà en termes de visibilité. Avec les projets que l’on a en ce moment on pourrait avoir la surprise d’être visité par des clubs grâce à cette visibilité. Nous avons prévu d’aller voir un match ensemble mi novembre, c’est une grande chance pour les jeunes. Grâce à Football Globe-trotters, l’Académie Force Créa va se faire connaître dans les environs. En termes de structurations, on apprend beaucoup aux côtés de FGT. Nous avons hâte de recevoir le matériel, nous allons pouvoir faire des matchs.


Quelles sont les aides dont vous pouvez bénéficier autre que par des associations ?


Toute aide est la bienvenue car l’école n’est pas vieille et il nous manque beaucoup de choses. Nous n’avons pas notre propre terrain et il est en très mauvais état, notamment quand il pleut. On aimerait avoir un terrain, en nature ou en synthétique. On ne peut pas cesser de vouloir du matériel. Il y a beaucoup de choses en attente, on travaille et nous sommes ouverts à tous dons. Nous avons accueilli cette aide FGT et sommes ravis.


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